La souris verte

Une souris verte, qui courait dans l’herbe…

Qui, pendant son enfance, n’a jamais entendu parler de moi ?
Génération après génération, en France et dans de nombreux pays francophones, chacun connaît cette chansonnette dont le déroulement, au fond, ne semble pas très cohérent… Vous conviendrez qu’une souris qui se transforme en escargot, ce n’est tout de même pas banal ! Et, à moins de la rencontrer après un plongeon dans un pot de peinture, personne ne s’est jamais vanté d’avoir croisé une souris verte… Et pourtant, mon histoire invraisemblable est bien plus ancrée dans la réalité qu’elle n’en a l’air.

Mes origines remonteraient à la fin du dix-septième siècle, ou au début du dix-huitième. Cependant, cette période reste obscure et nous n’en savons pas plus sur ma naissance. C’est pendant la guerre de Vendée, entre 1793 et ¬1796, que mon histoire prend tout son sens. A l’époque, la Révolution française vient d’éclater et un nouveau pouvoir s’installe, la Convention. Il s’agit d’une assemblée qui dirige la France de 1792 à 1795. Les Vendéens accueillent plutôt favorablement cette Révolution, jusqu’à ce qu’en 1793, on décide d’enrôler 300.000 Français pour se battre contre d’autres pays d’Europe. Lorsque l’Etat vient chercher les Vendéens, ceux-ci s’insurgent et les révoltes paysannes commencent. Une armée civile et royaliste s’organise pour contrer les Républicains au pouvoir. Environ cent mille victimes seront à déplorer durant ces années d’affrontement.

En réalité, je serais la métaphore d’un soldat torturé pendant la guerre de Vendée. Il paraît que cette petite souris verte, trempée dans l’huile et dans l’eau, serait un royaliste qui aurait été plongé dans l’eau puis dans l’huile bouillante par l’armée républicaine qui l’avait capturé. A grand renfort de torture, l’homme aurait fini par parler et aurait été récompensé par une pièce de monnaie, symbolisée par « l’escargot tout chaud » de la chanson. Heureusement que ces images sont difficilement perceptibles dans la comptine, sinon les berceuses seraient rapidement sources de cauchemars ! Les autres couplets sont venus s’ajouter au fil des siècles.

Il existe d’autres explications, plus tardives, me concernant. Selon certains psychanalystes, ma transformation en escargot permettrait d’expliquer aux enfants le rapport qu’ils entretiennent au physique, grâce à des images farfelues qu’ils affectionnent pour s’approprier les choses.

On trouve encore dans cette chanson une métaphore de la franc-maçonnerie. Cela expliquerait les rites initiatiques qui permettraient d’entrer dans cette confrérie.

D’autres, enfin, considèrent qu’il s’agit d’une traduction de Three blind mice (Trois souris aveugles), une comptine anglaise du début du dix-septième siècle écrite par Thomas Ravenscroft. En voici la traduction :

Trois souris aveugles,
Voyez comme elles courent,
Elles couraient toutes après la femme du fermier,
Qui leur a coupé la queue au couteau à rôti,
Avez-vous déjà vu, au cours de votre vie,
Trois souris aveugles ?

La ressemblance est tout de même plutôt mince, n’est-ce pas ? Bref, vous l’aurez compris, je reste un petit rongeur qui libère la créativité de tous ceux, petits ou grands, qui lisent ou chantent les paroles.

Voici les paroles de la comptine « Une souris verte »

(si vous souhaitez la télécharger, cliquez dessus) :

Paroles d'une souris verte

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