Tapis volant

Simple tapis aux pouvoirs extraordinaires, je suis un moyen de transport hors du commun. Je flotte dans les airs et mène à leur destination les personnages de légendes orientales, dont le plus célèbre se nomme Aladdin. Cependant, mes premiers vols sont déjà attestés dans l’Ancien Testament, à la cour du roi Salomon.

Fils de David, roi de Jérusalem, Salomon est réputé pour ses talents de magicien. Il parle aux animaux et possède une bague magique, cadeau de Dieu, qui transforme les démons en esclaves. Ses connaissances étendues lui confèrent une grande renommée dans tout le royaume. Un jour, il fait la connaissance de la reine de Saba, puissante magicienne à la beauté incomparable. On raconte que c’est sur un tapis de mon espèce que Salomon voyage lors de cette rencontre. Certains affirment même je peux transporter des dizaines de milliers d’hommes. Mais un jour, étouffé par son orgueil, Salomon est puni par un grand coup de vent qui éjecte du tapis quarante mille de ses hommes.

Mais ma réputation provient surtout des contes des Mille et une nuits, chef d’œuvre de la littérature Perse (Iran actuel), au 8e siècle de notre ère. Ce recueil anonyme retrace l’histoire de Shéhérazade. Pour échapper à la mort promise par le Sultan à toutes les femmes du royaume, en punition des infidélités de sa propre épouse, la jeune femme décide chaque nuit de lui conter une histoire. Très curieux, le Sultan ne peut se résoudre à l’exécuter afin de connaître la suite du récit. J’apparais au cours de plusieurs de ces histoires, notamment celle d’Aladdin ou encore celle de Sinbad le marin. Cependant, peu de mentions sont faites sur moi. Le plus souvent, les personnages se déplacent dans les airs sans que le moyen utilisé soit explicité.

C’est en Russie que ma course se poursuit au 19e siècle. Je vole au milieu de contes populaires et atterris dans certains tableaux. Plusieurs artistes peintres m’ont choisi comme modèle, notamment Viktor Vasnetsov sur ses toiles Le Tapis volant ou encore Le Tsarevitch avec sa bien-aimée. Il s’agit pour moi d’un formidable hommage.

Mais la consécration arrive en 1992 grâce aux studios Disney qui me donnent vie dans le dessin animé Aladdin. Les dessinateurs me nomment « The Magic Carpet » et me prêtent des traits humains ainsi qu’un caractère bien trempé ! Je me dispute souvent avec Abu, le singe, et je retrouve mon très vieil ami le génie. Au cours de ces aventures, je n’hésite pas à donner de ma personne pour que mon maître puisse embrasser la princesse Jasmine, avant que tous mes fils ne soient détricotés par Japhar. En somme, je deviens presque un être humain. Il ne me manque plus que la parole !

En guise de clin d’œil, j’apparais par la suite dans Le Bossu de Notre Dame, sous le bras d’un passant, puis secoué à une fenêtre par un personnage de La Princesse et la grenouille.

Récemment, des scientifiques très sérieux se sont penchés sur moi et ont découvert que mes déplacements ressemblaient à ceux d’une raie manta. Serais-je le croisement inédit d’une bobine de fil avec une espèce aquatique ?

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