Cupidon

Connu sous les traits d’un angelot plus ou moins potelé qui envoie des flèches d’amour, utilisé comme mascotte de la saint Valentin, je suis en réalité bien plus âgé que j’en ai l’air.

C’est dans l’Antiquité grecque que je trouve ma source, sous le nom d’Eros. Déjà à l’époque, je suis un enfant espiègle qui propage l’amour autour de lui grâce à un carquois rempli de flèches. Certains récits racontent que je me suis créé seul, mais la plupart du temps, ma mère est Aphrodite, la déesse de l’Amour. Par jalousie envers Psyché, la plus belle des mortelles, elle me demande que sa rivale tombe amoureuse d’un affreux monstre des mers qui pourrait la tuer. Maladroit comme je suis, je me pique avec ma propre flèche, ce qui me rend follement amoureux de Psyché que je cache dans mon palais, sans lui révéler mon identité. Tout le monde la croit morte, jusqu’à ce que ma belle, curieuse, découvre qui je suis. Ma mère, qui apprend la nouvelle, lui fait subir plusieurs épreuves qu’elle réussit par amour. C’est ainsi que nous pouvons nous marier et vivre notre union au grand jour.

Puis, ce sont les Romains qui traduisent mon nom en Cupidon – qui signifie le désir – mais font de moi une divinité moins importante qu’en Grèce. D’après eux, je suis né de l’amour entre Mars et Vénus. Seulement Jupiter, voyant mon physique d’enfant, ordonne que ma mère se sépare de moi. Heureusement, elle me cache dans les bois, et c’est pendant mon enfance que j’apprends à manier un arc et des flèches que j’ai fabriqués moi-même. Quelques années plus tard, je troque mon matériel de fortune contre un arc en or et je deviens celui que vous connaissez encore aujourd’hui.

Pourtant, le 14 février, jour de la Saint Valentin, n’est pas fêté dans l’Antiquité. Il existe bien les Lupercales, autour du 15 février, mais ces fêtes célèbrent la nature et non l’amour. C’est au 14e siècle qu’on trouve ce jour-là la première fête de l’amour, en Grande-Bretagne. La date choisie correspond au moment où les oiseaux s’accouplent. La Saint Valentin est évoquée dans certains poèmes de l’époque, et c’est le pape Alexandre VI qui confie les amoureux à ce saint patron. A cette même époque, l’Eglise combat pourtant le valentinage qui autorise, une fois l’an, les femmes à s’égarer dans d’autres bras que ceux de leur mari.

Dans les siècles qui suivent, la coutume de la Saint Valentin s’étend dans toute l’Europe, puis aux Etats-Unis, au 19e siècle. Peu à peu, elle devient laïque. D’abord, la tradition pousse à s’envoyer des billets doux, puis des cartes de vœux. En Europe, on ne destine la carte qu’à l’élu de son cœur, tandis qu’Outre-Atlantique, il n’est pas rare d’en envoyer plusieurs, y compris aux maîtresses d’école.

De nos jours, les traditions demeurent diverses. En France, la rose est devenue le symbole du jour des amoureux. Au Japon, ce sont les femmes qui offrent des chocolats aux hommes de leur entourage. Un mois plus tard, les hommes amènent un présent de couleur blanche pour remercier celles qui les ont comblés, lors du white day. Au Liban, les élèves viennent habillés en rouge et s’échangent des cadeaux.

La fête est suivie un peu partout dans le monde, notamment au Maghreb, en Chine ou encore en Inde. Certains pays, attachés à d’autres traditions, ont choisi une autre date pour célébrer les amoureux. C’est le cas de la Colombie, qui fête el día del amor y amistad (journée de l’amour et de l’amitié) en septembre, ou le Brésil qui a baptisé dia dos namorados (jour des amoureux) le 12 juin.

Alors, si d’aventure vous ressentiez une petite piqûre dans la nuque lors de ces prochaines journées d’hiver, dites-vous que je suis peut-être caché près de vous, derrière mon arc, afin de vous faire rencontrer l’âme sœur.

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