Nessie le monstre du Loch Ness

Je me prénomme Nessie et, depuis des décennies, je suis au cœur d’un débat sans fin autour de mon existence. Je hante le célèbre Loch Ness, un lac d’Ecosse proche d’Inverness, d’une quarantaine de kilomètres de long sur près de trois cents mètres de profondeur par endroits. Autant dire que mon espace de jeu est immense ! Si certains affirment que j’appartiens à une espèce aquatique préhistorique, proche du serpent de mer, d’autres crient au canular lorsque mon nom est évoqué et me relèguent au rang de simple mythe. Je vous invite à vous plonger dans mon histoire pour me connaître davantage.

C’est au 6e siècle de notre ère que ma première apparition publique affole la communauté locale. St Colomban, un moine irlandais, affirme avoir aperçu un monstre surgir du Loch Ness avant de disparaître rapidement, alors qu’il traversait le lac sur une barque. Les témoignages se succèdent régulièrement, jusqu’à ce que le phénomène prenne de l’ampleur au 20e siècle. Ce qui est troublant, c’est que les visions concordent, tous aperçoivent une espèce de serpent dont la tête surgit de l’eau.

En 1933, un médecin du nom de Wilson apporte la preuve irréfutable de mon existence, grâce à un cliché pour le moins évocateur. On identifie aisément ma silhouette au milieu des eaux du Loch Ness. Dès ce moment, les touristes et journalistes affluent des quatre coins du monde, dans l’espoir d’obtenir eux aussi mon portrait. Pourtant, en 1994, sur son lit de mort, le fils d’un réalisateur de cinéma avoue qu’il s’agissait en réalité d’une supercherie inventée par son père. Cela ne refroidit pas les acharnés qui continuent à vouloir authentifier ma présence en ces lieux. Combien de phoques, loutres, otaries ou autres animaux marins ont créé l’effet d’optique tant espéré !

En 1961, un sérieux bureau d’investigations autour du monstre du Loch Ness ouvre ses portes. Nombreux sont les témoignages de ma présence, surtout depuis les ruines du château d’Urquhart, observatoire idéal du lac et de ses merveilles. Des religieux, des pêcheurs ou encore des visiteurs sèment le trouble dans ces eaux calmes. Plusieurs expéditions sont menées afin de sonder le lac et retrouver ma présence. Les moyens, toujours plus nombreux et plus perfectionnés, sont donnés à la communauté scientifique afin de tenter de percer la vérité. Malheureusement, les recherches ont toujours échoué. Il faut dire que je suis assez habile pour me cacher après avoir enflammé la population !

Las, les chercheurs finissent par admettre l’évidence : comment aurais-je pu me nourrir depuis des siècles dans ce lac dont les ressources ne sont pas inépuisables ? Comment parviendrais-je à hisser mon énorme cou hors de l’eau alors que la science révèle que c’est physiquement impossible ? Mon destin semble se figer dans l’oubli de ces eaux troubles… Mais je n’ai pas dit mon dernier mot !

Coup de théâtre en 2016, alors que je décide de ressurgir à de nombreuses reprises. Dix fois sur l’année, on tire mon portrait qui est épinglé sur les murs du bureau d’investigations. Plusieurs de ces clichés sont qualifiés de « crédibles ». Au total, plus de mille cas d’apparitions sont recensés depuis 1996.

Depuis un an, un scientifique néo-zélandais du nom de Neil Gemmell a promis d’enfin éclaircir les mystères autour de ma prétendue existence. D’après sa théorie, une analyse ADN des eaux du lac permettrait de confirmer ma présence ou de briser le mythe.

Quoi qu’il en soit, des recherches infructueuses anéantiraient-elles les élans des obstinés qui collectent des preuves ? Les éternelles questions qui se posent autour de moi subliment la magie des lieux associée au charme sinistre des lacs écossais. Et c’est bien cela qui crée l’enchantement, n’est-il pas ?

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