Le marchand de sable est passé

Le Marchand de sable est passé !

Quel enfant n’a jamais entendu ses parents prononcer cette fameuse expression ?

Dans les pays germaniques et scandinaves, on me nomme Sandmännchen, le « très petit homme de sable » ; dans les pays anglo-saxons, je m’appelle the Sandman et au Québec, je suis apparenté au Bonhomme Sept-Heures, être beaucoup moins sympathique qui vient chercher les enfants qui ne dorment pas. Cependant, peu de gens savent qui je suis réellement car mon origine est pour le moins obscure.

Au Moyen âge, j’étais – paraît-il – un marchand ambulant qui amenait des provisions de sable aux aubergistes afin de le répandre sur le sol. Mais ce n’est qu’au XVIIe siècle que mon personnage prend davantage de consistance grâce à l’écrivain Antoine Furetière. En effet, dans un de ses livres, celui-ci évoque un homme qui envoie du sable dans les yeux des enfants. Dès lors, l’expression « avoir du sable sous les yeux » se développe au XVIIIe siècle pour signifier que les yeux piquent à cause la fatigue et qu’il est temps d’aller se coucher.

En 1817, l’écrivain Hoffmann publie une nouvelle fantastique intitulée L’Homme au sable, dans son recueil Contes nocturnes. Il y est question d’un avocat nommé Coppelius que le narrateur accuse du meurtre de son père et qu’il appelle l’homme au sable. L’ambiance est plutôt angoissante, bien loin de mon personnage actuel qui apparaît à la fin du XIXe siècle.

En 1876, Hans Christian Andersen publie un conte dans lequel un petit elfe, nommé Ferme-l’œil, s’assoit sur le lit des enfants qui viennent de s’endormir et ouvre au-dessus d’eux l’un de ses deux parapluies : le premier est couvert de belles images qui procurent de beaux rêves aux enfants sages ; le second est tout uni et empêche les chenapans de rêver. Certains disent que j’ai hérité des traits de caractère de ce personnage.

Au cours du XXe siècle, mon nom est prononcé à tout bout de champ, notamment au cinéma, en musique, en chanson, en bande-dessinée… Mais c’est très certainement avec l’émission Bonne nuit les petits, dans les années 1960, que j’ai gagné mes lettres de noblesse. Aux côtés de nounours, perché sur un nuage, j’aide deux jeunes enfants, Nicolas et Pimprenelle, à s’endormir en leur jouant un air de flûte et en leur racontant de belles histoires.

Tantôt inquiétant, tantôt bienveillant, mon image demeure aujourd’hui encore un mystère. Mais si vous observez immédiatement le ciel, vous apercevrez une pluie de grains de sable qui viendront chatouiller vos yeux afin de vous plonger dans de doux rêves. Bonne nuit, chers lecteurs….

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