Tireur à l’arc d’une précision extrême et prince des voleurs, ardent défenseur des pauvres, telle est l’image que je renvoie aux jeunes et aux adultes nostalgiques des dessins animés de leur enfance. Mais mon histoire est plus complexe qu’on ne l’imagine.

Les Anglo-saxons me nomment Robin Hood, ce qui signifie littéralement « Robin à la capuche ». Il est vrai que l’on me représente souvent coiffé d’une sorte de capuchon, comme le Petit Chaperon Rouge, nommée aussi Red Riding Hood. Mais ce qui est étrange, c’est que la traduction française ait déformé mon nom, sans doute à cause de la ressemblance avec le mot wood (bois). Certains avancent que je tire plutôt mon origine du breton ch’oad, qui désigne également le bois. Cependant, le mot Hood peut aussi être traduit par « truand », qui rappelle mon parcours de voleur. Au milieu de toutes ces incertitudes, je ne résiste pas à l’envie de ne pas vous dévoiler mon véritable patronyme, histoire de laisser planer un certain mystère autour de mon illustre personne.

Ma première apparition date du 14e siècle, dans un récit anglais nommé Piers Plowman (Pierre le Laboureur) On me retrouve ensuite dans diverses chansons de geste, sortes de récits en vers relatant des exploits guerriers, au siècle suivant. Autant vous dire que je ne suis pas né de la dernière pluie !

A l’origine, il semblerait que j’ai été un paysan propriétaire de ses terres et le nom de mes deux ennemis principaux, le Shérif de Nottingham et Guy de Gisbourne, apparaît assez tôt au sein de mes histoires. Ce n’est pourtant qu’au 16e siècle que l’on me fait gentleman, c’est-à-dire commerçant, avant que l’écrivain Anthony Munday, proche de Shakespeare, ne me prête une ascendance noble dans une de ses pièces de théâtre. De simple voleur, je deviens comte dépossédé de ses terres. Selon certains passionnés, j’aurais même réellement existé au 13e siècle, sous le nom de Robert Godberd, brigand de son état.

C’est au cours de ce 16e siècle que l’arc devient mon arme de prédilection et que l’on m’accorde la digne mission de défendre les pauvres et les orphelins depuis la forêt de Sherwood. Mon union avec Marianne (ou Marion) ainsi que mon amitié avec Frère Tuck datent également de cette période. Mes histoires prennent alors un ancrage historique puisque l’on me voit combattre aux côtés de Richard Cœur de Lion, pendant la troisième croisade, à la fin du 12e siècle. Jusqu’alors, c’est le roi Edward qui apparaissait comme suzerain.

Au 19e siècle, des auteurs de romans historiques comme le Français Alexandre Dumas (Le Prince des voleurs) ou l’Ecossais Walter Scott (Ivanhoé) ravivent la mémoire des lecteurs et me transforment en une légende populaire. Si le premier choisit, à la fin de son récit, de me laisser sans vie, blessé à mort, mon esprit perdure encore aujourd’hui puisqu’une comédie musicale et de nombreux films portent désormais mon nom. Et puis, une légende telle que moi se doit de demeurer immortelle, ne croyez-vous pas ?

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