Pierrot la Lune

Au clair de la lune, mon ami Pierrot… Qui ne connaît pas cette fameuse comptine popularisée au 18e siècle et qui a bercé de nombreuses générations d’enfants ? Grâce à cet air, je fais partie du patrimoine français, alors que mes origines sont plus méridionales.

En effet, c’est en Italie que je vois le jour, au 16e siècle. J’appartiens à la Commedia dell’arte, un théâtre populaire où chaque personnage possède des caractéristiques physiques et morales typiques, comme Polichinelle le bossu au nez crochu, Arlequin mon rival au costume coloré, Scaramouche le vantard et peureux tout de noir vêtu, ou encore Colombine la servante rusée au tablier blanc. Les acteurs qui interprètent nos rôles à l’époque portent des masques qui permettent aux spectateurs de nous identifier immédiatement. Je suis quasiment le seul à y avoir échappé puisque, à la place, on maquille mon visage en blanc.

Après avoir emprunté plusieurs prénoms, c’est sous celui que Pedrolino que je suis le plus célèbre en Italie. J’appartiens aux zanni, c’est-à-dire à la catégorie des valets, mais contrairement aux autres serviteurs, je suis plutôt naïf, à la recherche de l’amour. Cependant, je reste farceur et gourmand, comme l’a si bien retenu la marque de sucettes qui porte mon nom depuis la fin du 19e siècle ! Mes vêtements sont entièrement blancs, semblables à ceux dont le peintre Watteau me revêtira au 18e siècle.

Si ma popularité a dépassé les frontières italiennes, c’est que les troupes italiennes se sont installées à Paris dès la fin du 16e siècle, sous la protection du roi Louis XIV, avant d’être répudiées pour s’être moquées de Madame de Maintenon, seconde femme du monarque. Ainsi, le théâtre français a pu s’inspirer de nos personnages, et c’est un dénommé Molière qui m’a rendu célèbre en créant le rôle de Pierrot dans sa pièce Dom Juan. J’y joue un paysan naïf au langage patoisant qui se fait voler sa compagne, Charlotte, par le héros de l’histoire qu’il vient pourtant de sauver de la noyade. Quelle ingratitude !

Oublié quelques décennies, c’est avec la pantomime, spectacle sans parole, que je retrouve mes lettres de noblesse au 18e siècle. Puis, je deviens une figure emblématique du Carnaval de Paris, fête populaire qui court jusqu’au début du 20e siècle, et je suis immortalisé dans ce rôle, au 19e siècle, par l’écrivain Théophile Gautier.

Assis sur un croissant de lune, vêtu de mes traditionnels vêtements blancs sur lesquels viennent contraster de gros boutons, un bonnet et des chaussons noirs, une larme noire coulant le long de ma joue, c’est rêveur et triste que l’imagerie populaire me représente aujourd’hui.

Prête-moi ta plume, pour écrire un mot… Si certains voient dans cet air un sens caché, je demeure sans conteste un incontournable des berceuses de l’enfance.

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